Aujourd’hui, 23 juin 2026, le thermomètre affiche 34°C à Dijon. Le sol de la Côte de Nuits craque sous mes pas, et mes clients étrangers me posent tous la même question : "Comment la sécheresse affecte le vin ?"
En tant que locale de Bourgogne, diplômée du vin et animatrice d’ateliers de dégustation, je note ici ce que je vois, ce que je goûte… et ce que je leur explique.
1. La vigne en mode survie : le cas de la Côte de Beaune
Ici, sur les sols argilo-calcaires de la Côte de Beaune, la vigne souffre en silence. Dès que les températures dépassent 28°C pendant plusieurs jours, les stomates se ferment. Conséquence :
- Arrêt de la photosynthèse : les pousses du Chardonnay (roi des blancs de Bourgogne) stoppent net leur croissance.
- Feuilles qui jaunissent : un signe de stress hydrique avancé, surtout visible sur les vignes âgées de Puligny-Montrachet, où les racines peinent à puiser l’eau en profondeur.
"Hier, en parcourant les parcelles de mon partenaire vigneron à Aloxe-Corton, on a constaté que les jeunes plants de Pinot Noir (cépage fragile) résistaient moins bien que les vieilles vignes de Gamay — pourtant réputé plus rustique. Une leçon d’adaptation !"
2. Le déséquilibre sucres/arômes : le défi des millésimes chauds
n Bourgogne, 2018, 2019 et 2022 ont été marqués par des vagues de chaleur précoces. Résultat dans le verre :
- Des vins rouges (Pinot Noir) avec des degrés d’alcool à 14-15% (contre 12-13% habituellement), comme ceux de Gevrey-Chambertin.
- Des blancs (Chardonnay) aux arômes de fruits confits (abricot, pêche cuite) dans les Pouilly-Fuissé, là où on attendrait plutôt des notes de citron ou de noisette.
- Une acidité en baisse : les Aligoté (cépage bourguignon méconnu) perdent leur fraîcheur caractéristique, essentielle pour les Bourgogne Aligoté ou les Bouzeron.
"En atelier, je fais souvent goûter un Bourgogne Hautes-Côtes de Nuits 2019 (année chaude) à côté d’un 2021 (plus frais). La différence est frappante : le 2019 a des tanins plus ronds… mais moins de complexité aromatique. Un bon exemple pour expliquer comment la sécheresse affecte le vin !"
3. Les dégâts visibles : coups de soleil et flétrissement sur les grands crus
- Coups de soleil : Les grappes exposées au sud (comme celles des Clos de Vougeot ou Échezeaux) développent des cicatrices brunes et un goût amer. "Un producteur de Vosne-Romanée m’a montré des baies de Richebourg touchées : elles doivent être triées à la main, ce qui augmente les coûts… et réduit les rendements."
- Flétrissement : Dans les Côte de Nuits, les baies de Pinot Noir peuvent perdre jusqu’à 30% de leur poids en cas de sécheresse prolongée après la véraison (début de maturation des raisins).
"En 2020, certains vignerons de Nuits-Saint-Georges ont perdu jusqu’à 40% de leur récolte à cause de ces phénomènes. Une raison de plus pour valoriser chaque bouteille… et chaque dégustation !"
4. Les solutions bourguignonnes : entre tradition et innovation
En Bourgogne, on ne se contente pas de subir. Voici ce que font les producteurs avec qui je collabore pour limiter l’impact de la sécheresse :
✅ Choix des porte-greffes :
- 110R ou 140R (hybrides de Vitis rupestris et berlandieri)
- SO4
✅ Gestion de la canopée :
- Palissage haut (pour ombrager les grappes) dans les Pommard ou Volnay.
- Ébourgeonnage (suppression des bourgeons inutiles) pour concentrer l’énergie de la plante sur les grappes les plus prometteuses.
✅ Pratiques culturales :
- Paillage (paille, tonte) pour limiter l’évaporation, peu pratiqué
- Enherbement partiel (couverture végétale entre les rangs) pour améliorer la rétention d’eau, comme à Savigny-lès-Beaune.
✅ Adaptation des cépages :
- Le Gamay (plus résistant) gagne du terrain dans les Mâconnais ou les Côte Chalonnaise.
- L’Aligoté (cépage historique de Bourgogne) est réhabilité pour sa capacité à garder de l’acidité malgré la chaleur.
"Lors de mes ateliers, je présente souvent un Bourgogne Passetoutgrains (Coteaux Bourguignons), assemblage de Gamay et Pinot Noir : un vin accessible qui illustre parfaitement comment les vignerons s’adaptent sans sacrifier la qualité."
Pour conclure : et si on en parlait autour d’un verre ?
Comment la sécheresse affecte le vin en Bourgogne ? La réponse est dans votre verre… et dans les histoires que je partage lors de mes ateliers de dégustation à Dijon.
👉 Réservez un atelier pour :
- Goûter des millésimes chauds vs. frais (2019 vs. 2021).
- Découvrir comment les vignerons de Côte de Nuits ou Côte de Beaune relèvent le défi climatique.
- Repérer les arômes typiques des années sèches (fruits confits, épices douces).